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Cahiers de la Documentation 2018/4 (décembre 2018)

NUMÉRO SPÉCIAL
War & Peace & Documentation

Éditorial

Commémorer 14-18 ? Guerre & Paix & Documentation

« Le sang inonda de rouge
les terres et les mers »(1)

Au lendemain de l’armistice du 11 novembre 1918, près de 20 millions de personnes sont mortes : près de 10 millions de soldats et presque autant de simples civils. Jamais on n’avait eu à déplorer autant de victimes dans une guerre qui révèlera sa nature de première guerre totale. Avec les massacres, cette guerre marquera la fin des empires européens, mais les traités qui y mettront fin porteront les germes de la seconde à venir…

Longtemps, les seules marques visibles furent celles de l’ « exaltation de la mort guerrière »(2) : construction de monuments aux morts, instauration d’hommages patriotiques et cérémonies codifiées. Un siècle plus tard, les préparatifs de la commémoration du Centenaire de la Première Guerre mondiale furent l’occasion pour de nombreuses institutions de lancer une réflexion sur les valeurs de notre société et de leur confrontation aux notions de guerre et de paix. Certaines d’entre elles choisirent pour ce faire la mise en valeur de patrimoines, d’objets, de traces et de documents relatifs à cette période chahutée de l’histoire du 20e siècle. Inventaires, redécouverte, appel à la participation du public, mais aussi initiatives individuelles et fonds de grenier, furent l’occasion pour nombre de citoyens de se pencher sur cette époque et de se réapproprier une part d’un passé enfoui.

« Éduquer à la paix pour résister à l’esprit de guerre »(3)

Lors de la préparation de ce numéro spécial des Cahiers de la Documentation, nous nous sommes laissés guidés par trois grands axes de réflexion. Le premier, dresser non pas un état des lieux mais bien fournir un aperçu, non-exhaustif, de quelques-unes de ces opérations de valorisation de sources et de traces. Le deuxième axe visait à illustrer dans un nombre forcément limité de pages les multiples angles et canaux utilisés pour leur diffusion. Un troisième axe de réflexion, sous-jacent aux deux premiers, souhaitait mettre en lumière les aspects de mémoires de la guerre, de la promotion de la paix, et les différents penseurs et acteurs de la paix. Une réflexion d’ensemble s’inscrivant dans une démarche multidisciplinaire, forcément axée sur le passé en ce qui concerne la matière traitée, recontextualisée dans le présent à l’occasion des manifestations du Centenaire, mais que nous espérons fortement orientée vers le futur.

En effet, il nous faut être vigilants, tant dans nos préoccupations professionnelles de sauvegarde et de pérennisation des documents que dans la déconstruction du discours sur la guerre et sa banalisation, dans un monde en recherche de solutions de paix et d’espoir.

Now there is only that sinister brown belt, a strip of murdered Nature. It seems to belong to another world. Every sign of humanity has been swept away. The woods and roads have vanished like chalk wiped from a board; of the villages nothing remains but gray smears where stone walls have tumbled together. A confused mass of troubled earth. Columns of muddy smoke spurt up continually as high explosives tear deeper into this ulcered area.
How did I die?
I fell from the sky
Or didn’t I?
(4)


1.« Blood Swept Lands and Seas of Red » : titre inspiré d’un poème d’un soldat inconnu mort sur le front et attribué à l’installation des artistes Paul Cummins et Tom Piper qui entourèrent la Tour de Londres à l’aide de 888.246 coquelicots de céramique représentant autant de soldats britanniques tués au combat entre 1914 et 1918.

2.Herode, Michel ; Labrique, Marie-Pierre ; Plumet, Philippe. Paroles de pierre. Traces d’histoire. Éditions Racine / Démocratie ou barbarie, 2009, p. 78.

3. Titre de la tribune d’Edgar Morin dans le journal Le Monde du 5 février 2016 [en ligne]. <https://www.lemonde.fr/idees/article/2016/02/07/peut-on-prevenir-la-formation-du-fanatisme_4860871_3232.html> (consulté le 9 décembre 2018)

4. Extrait de « How did I die? », paroles de Blixa Bargeld, figurant sur l’album « Lament » de Einstürzende Neubauten (2014) – <https://neubauten.org/en/lament>

Dominique J.B. VANPEE
Christopher BOON
Éditeurs scientifiques

Guest Editorial

Isabelle MASSON-LOODTS, Journaliste, chercheuse, autrice et réalisatrice indépendante

De Universiteitsbibliotheek van Leuven cultureel icoon, politiek symbool, identiteitsvector

Marc DEREZ, Kunst&Erfgoed – Universiteitsarchief KU Leuven

La bibliothèque universitaire de Louvain est surtout connue pour son histoire mouvementée et le bâtiment fut toujours l’objet de plus d’attention que son contenu. Au 19e siècle, la salle d’apparat du 18e siècle constituait le joyau du patrimoine académique; elle rappelait à la nouvelle université catholique l’éclat de l’ancienne alma mater. Paradoxalement, la bibliothèque devint un lieu de mémoire après avoir été la proie des flammes en 1914. Elle prit dorénavant le statut d’icône culturelle et, avec la cathédrale de Reims, devint le symbole du patrimoine européen menacé, un symbole politique dans la lutte entre la Kultur allemande et la civilisation occidentale. La reconstruction d’après-guerre engendra une conception chargée de nombreuses significations. Une inscription anti-allemande, qui finalement ne vit pas le jour, fut l’objet de controverses. La soi-disant bibliothèque américaine (de style renaissance flamande) fut plus tard considérée comme un exemple avant-coureur de l’impérialisme culturel américain sur le continent européen.

1914-2018
Les Archives de l’État et la valorisation des sources relatives à la Première Guerre mondiale
Un intérêt constant et jamais démenti depuis plus d’un siècle

Pierre-Alain TALLIERchef de Département ff. « Bruxelles »et chef de la section Archives contemporaines aux Archives générales du Royaume

Michaël AMARAchef du service Archives contemporaines aux Archives générales du Royaume (AGR1)

Les Archives de l’État s’intéressent à la Grande Guerre depuis plus de 100 ans. Le conflit à peine terminé, une grande campagne de récolte d’archives fut organisée sous les auspices de la Commission des Archives de la Guerre afin de préserver les documents concernant cette période particulière de l’histoire de l’Europe et du monde. A l’époque, la Belgique ne disposant d’aucune législation en matière de préservation d’archives, le risque était grand de voir ces sources de premier ordre disparaître à jamais. Plus de cinq kilomètres de dossiers provenant d’administrations publiques, d’institutions privées et de particuliers furent récoltés dans l’optique de pouvoir documenter l’expérience de guerre des Belges. Grâce à cette opération, des centaines de milliers de documents – enrichis au fil du temps de nouveaux dons et de nouvelles acquisitions – sont accessibles dans les différentes salles de lecture des Archives de l’État. Ces dernières années, un important programme de numérisation a été mis en œuvre qui permet aujourd’hui de consulter gratuitement, sur internet, plusieurs dizaines de milliers de documents d’archives, photographies, affiches ou dessins en tous genres. Dès 2004, dans l’optique de favoriser l’accès de tous aux archives, de faciliter l’identification des sources nécessaires à la préparation des nombreuses activités prévues entre 2014 et 2018 dans le cadre du centenaire de la Première Guerre mondiale et, surtout, de favoriser des recherches novatrices, les Archives de l’État se lancèrent également dans la réalisation d’un volumineux « Guide des sources de la Première Guerre mondiale en Belgique »

Papieren! De invoering van een nieuw document, de identiteitskaart

Chantal KESTELOOTPublieksgeschiedenis – CegeSoma, Studie- en Documentatiecentrum Oorlog en Hedendaagse Maatschappij / Rijksarchief

Pendant la Première Guerre mondiale, les Allemands introduisent en octobre 1915 une sorte de carte d’identité en Belgique.

Een onderzoek naar voedingscomités in de Groote Oorlog 1914-1918

Dominique GOEDHUYS, Bestuurslid van de Heemkundige Kring van Huldenberg

En tant qu’historienne locale, j’ai écrit ces dernières années plusieurs contributions sur le thème de l’aide alimentaire en Belgique. J’ai réalisé quelques études de cas sur les comités locaux appartenant à la commune aujourd’hui fusionnée d’Huldenberg. Mes recherches trouvent leur origine dans un lien personnel avec cette organisation caritative : mon arrière-grand-père était membre du comité local d’Overijse et a laissé à la famille deux cahiers avec des rapports. Je me mis en quête d’archives supplémentaires, que je découvris dans les Archives de l’État à Bruxelles parmi les archives du Comité de l’alimentation provincial du Brabant et des rapports de guerre numérisés provenant du Diocèse. Sur base des rapports d’inspection et de la correspondance, j’ai pu examiner le contexte politique, économique et social local au moment de la Première Guerre mondiale et cartographier le fonctionnement des sections locales chargées de l’aide alimentaire.

Architectes de paix, par la connaissance
Henri La Fontaine, Paul Otlet et le Mundaneum

Christopher BOON, Documentaliste juridique – Administrateur ABD-BVD

Dès la fin du 19e siècle, le Mundaneum, alors appelé Office international de bibliographie, lance un vaste mouvement de coopération autour de la connaissance et de la bibliographie. Pour ses deux fondateurs, les Belges Henri La Fontaine, Prix Nobel de la paix en 1913, et Paul Otlet, la coopération internationale est primordiale. La paix apparaît en filigrane de l’ensemble de leurs projets.

The ‘Outlawry of War’-movement in the « Peace Movement Collection »

Jeroen VERVLIET, Peace Palace Library Director, The Hague (The Netherlands)

La Bibliothèque du Palais de la Paix, avec ses collections de droit international, sert, entre autres, à la Cour internationale de Justice des Nations Unies. Jacob ter Meulen était un célèbre Directeur-Bibliothécaire. Ter Meulen a constitué deux collections historiques importantes, l’une à propos de Hugo Grotius, l’autre sur le Mouvement Pacifiste. La collection du Mouvement Pacifiste contient des documents des pacifistes qui ont plaidé en faveur de l’élimination de la guerre et de la mise hors la loi de la guerre. Pour commémorer la fin de la Première Guerre mondiale et dans un numéro spécial sur la guerre et la paix, il est extrêmement opportun de s’intéresser à la collection du Mouvement Pacifiste de la Bibliothèque du Palais de la Paix.

Herdenkingsmonumenten in de Tätigkeitsberichte
Wat uit de Tweede Wereldoorlog over de Eerste Wereldbrand

Dominique J.B. VANPEE, Lid van het Publicatiecomité van de Bladen voor Documentatie, Belgische Vereniging voor Documentatie (ABD-BVD)

Sur la base des Tätigkeitsberichte datant de la Seconde Guerre mondiale, on peut en partie constituer un aperçu des monuments ou des plaques érigées en Belgique après la Première Guerre mondiale. Principalement parce que l’occupant allemand a voulu en faire l’inventaire, car il y voyait un danger et une forme de haine. Les objets détruits et supprimés sont discutés ici.

Les « Rencontres du web 14-18 »
La Grande Guerre à l’épreuve du virtuel

Marie CAPPART, Historienne-généalogiste

Les « Rencontres du web 14-18 » ont permis à deux occasions la tenue de carrefours d’échange et de réflexion sur la manière dont les commémorations du Centenaire ont été organisées en ligne et sur comment ces représentations entretenaient points communs et différences selon les formats, les objectifs et les différents pays dans lesquels elles ont pris place. Petit compte-rendu non exhaustif de la seconde édition, à travers les yeux d’une participante.

Archeologische metaaldetectievondsten in Vlaanderen
Achtergrond, ontsluiting en de Eerste Wereldoorlog

Pieterjan DECKERS, Coördinator MEDEA – Department of History, Archaeology, Art, Philosophy and Ethics (HARP) – Vrije Universiteit Brussel/Aarhus University

Depuis des décennies, la détection de métaux à but archéologique constitue un passe-temps populaire en Flandre et a récemment été légalement autorisée. Les collections privées, souvent riches d’innombrables découvertes, constituent une source d’information peu exploitée. Les trouvailles qui doivent obligatoirement être signalées sont accessibles via l’Agentschap “Onroerend Erfgoed” (agence flamande du patrimoine immobilier) et de nombreuses découvertes sont également identifiables via les médias sociaux et d’autres canaux Internet. La plateforme en ligne MEDEA (vondsten.be) met en place un troisième canal par lequel des informations qualitatives relatives aux découvertes sont rendues publiques de manière systématique et durable. Ceci offre un grand potentiel pour la recherche future et les travaux sur le patrimoine, y compris dans le cas de découvertes liées à la Première Guerre mondiale, malgré certains problèmes spécifiques.

L’exode belge de la Première Guerre mondiale au travers d’Europeana

Koen TER MEULEN, collaborateur Europeana

Actuellement, la crise globale des réfugiés est un sujet brûlant, présent partout dans les médias et dans les débats de société. Que faut-il changer dans la situation actuelle ? Qui est supposé faire quoi et quand ? La situation peut être considérée comme problématique en ce moment-même, mais en fait, l’Europe a dû faire face à un problème identique à l’aube de la Première Guerre mondiale, il y a plus de 100 ans.

Professor P. De Keyser in Nederland tijdens de Eerste Wereldoorlog
Een folklorist en zijn interesse voor het soldatenleven

Dominique J.B. VANPEE, Lid van het Publicatiecomité van de Bladen voor Documentatie, Belgische Vereniging voor Documentatie (ABD-BVD)

Le professeur Paul De Keyser est à l’origine des recherches sur le folklore lié à la vie de troupe et le folklore de guerre en Flandre. Il a également pris l’initiative d’un questionnaire « folklorique » sur ce sujet. Son séjour dans les camps d’internement néerlandais à Kampen et à Harderwijk en tant que soldat belge pendant la Première Guerre mondiale n’y est pas étranger.

« Commémorer 14-18 » ou comment rendre intelligible l’expérience de ‘guerre totale’ vécue dans  nos régions
L’apport des dossiers documentaires pédagogiques

Questionnaire et compilation des réponses réalisés par Catherine GÉRARD, rédactrice en chef du présent numéro, et Christopher BOON, membre du Comité de publication de l’Association Belge de Documentation (ABD-BVD)

Instagram en tags als hulp bij het terugvinden van eeterfgoed met betrekking tot de Eerste Wereldoorlog met als voorbeeld de ‘boule de Berlin’/’Berlijnse bol’

Dominique J.B. VANPEE, Lid van het Publicatiecomité van de Bladen voor Documentatie, Belgische Vereniging voor Documentatie (ABD-BVD)

Un souvenir d’enfance lié à la « boule de Liège » en tant que variante de la « boule de Berlin » marque le début d’une recherche de sources écrites expliquant ce changement de langue en raison du Premier Incendie mondial. L’auteur trouve finalement des preuves dans les nouveaux médias sociaux, et en particulier sur Instagram, de l’utilisation connue de ce terme au travers des balises utilisées.

Belgische soldatengraven – war heritage

Dominique J.B. VANPEE, Lid van het Publicatiecomité van de Bladen voor Documentatie, Belgische Vereniging voor Documentatie (ABD-BVD)

Partant d’un cas individuel, l’auteur vérifie dans deux banques de données et un fichier plat la présence de victimes de guerre militaires reposant dans les cimetières communaux d’Huldenberg : la question posée est celle de la fourniture/restitution des informations et des données.