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Cahiers de la Documentation 2017/2 (juin 2017)

Editorial

Fake ! Fake ! Fake !
Hoax, storytelling, conspiracy theory, fake news, post-truth…
Jamais, ces derniers mois, on n’aura autant parlé des dangers de la désinformation et des dérives que posent les différentes formes de manipulation de l’information.
Certes, notre terminologie professionnelle s’est enrichie, et la post-vérité a fait son entrée, tant dans notre champ informationnel que dans l’Oxford English Dictionary, pour lequel « post-truth » et son corollaire politique ont été élus Mot de l’année 2016. Mais désormais, avec les « fake news » et les « faits alternatifs », on ne rigole plus…
Ceux-ci ont maintenant prouvé leur dangerosité : ils manipulent les opinions publiques, dévoient des pays vers des horizons incertains et bousculent le devenir de notre planète, en dessinant une « violence symbolique qui pèse sur l’action des hommes, influence leurs opinions, transforme et instrumentalise leurs émotions, les privant ainsi des moyens intellectuels et symboliques de penser leur vie ».
Le sujet n’est pas neuf dans les pages de nos Cahiers de la Documentation. À plusieurs reprises, nous avons abordé ces questions, que ce soit pour dénoncer, au travers de nos éditoriaux, ces nouveaux prédateurs que sont les « pollueurs d’information », ou pour proposer des pistes de réflexion et d’action.
Tout récemment encore, le numéro 2017/1 de notre revue vous proposait la lecture des contributions des orateurs de notre Inforum 2016, consacré à la fiabilité de l’information. Était-ce prémonitoire ?
Tout le monde s’accorde pour dire qu’il y a péril en la demeure. Les réactions arrivent, sans doute fort tardivement, mais elles se heurtent de front au droit de la liberté d’expression.

De grandes organisations internationales ont décidé de saisir le problème à-bras-le-corps. Dans une Déclaration conjointe du 3 mars 2017, des rapporteurs spéciaux identifient les « fake news » comme un sujet de préoccupation planétaire, mais concluent que les efforts déployés pour les contrer pourraient aussi mener à la censure, à la suppression de la pensée critique et à des mesures contraires aux droits de l’homme.
« Il est trop facile de répandre la désinformation sur le Web », déclare Tim Berners-Lee dans une lettre ouverte du 12 mars 2017 dans laquelle il exprime son inquiétude croissante face à ces nouvelles tendances : « Nous devons contrer la désinformation en aidant les points d’entrée sur le Web que sont Google et Facebook à poursuivre leurs efforts pour résoudre ce problème, tout en évitant de créer une institution centrale qui déciderait de ce qui est « vrai » ou non ».
Deux grands noms de « sources d’information » sont lâchés ; mais attention : ne nous trompons pas de cible ! Si nombre de « fake news » se propagent SUR Facebook et Google – on pourrait y adjoindre Twitter –, elles ne sont pas propagées PAR Facebook et Google. Ce sont leurs utilisateurs qui en sont les propagateurs, des êtres humains, comme vous et moi.
Si certains médias n’ont pas encore bien pris la mesure des dégâts déjà causés ou à venir, d’autres ont pris les devants, parfois depuis bien longtemps. Comme l’indique une étude récente, les initiatives de fact-checking sont en pleine floraison. L’exemple le plus communément cité est celui de l’hebdomadaire Der Spiegel, dont l’équipe de « fact-checkers » fait l’admiration de la Toile, avec ses 80 collaborateurs. D’autres suivent cet exemple, à moindre échelle, mais avec une efficacité non moindre : « Les Décodeurs » du journal Le Monde, la rubrique « Désintox » de Libération, « Feitenchecker » du journal De Morgen… pour n’en citer que quelques-uns. La résolution est en marche, et avec elle les détecteurs de mensonge !
En tant que professionnels de l’information, nous avons aussi un rôle à jouer, car cette pollution constitue un défi majeur. Quotidiennement, nous appliquons des filtres : dans nos recherches d’information, dans nos sélections de documents, dans la diffusion de nos données. Enseignons également à nos utilisateurs, à nos publics et à nos connaissances à utiliser les filtres du bon sens et de la bienveillance, à commencer peut-être par les « trois tamis de Socrate » : ceux de la vérité, de la bonté et de la nécessité… Dans un monde où vitesse voudrait primer sur vérité, demandons-nous : si ce n’est ni vrai, ni bon, ni utile, à quoi bon le raconter ?

Alors, dans notre village global, évoluant de galaxie en galaxie, de Gutenberg à Marconi comme le décrivait Marshall McLuhan, peut-être serons-nous les prochains « Gardiens de l’INFOgalaxie » ?
« Lorsque moi j’emploie un mot, répliqua Humpty Dumpty d’un ton de voix quelque peu dédaigneux, il signifie exactement ce qu’il me plaît qu’il signifie… ni plus, ni moins. »
« La question, dit Alice, est de savoir si vous avez le pouvoir de faire que les mots signifient autre chose que ce qu’ils veulent dire. »
« La question, riposta Humpty Dumpty, est de savoir qui sera le maître… un point, c’est tout. »
Lewis Carroll – 1871

Christopher BOON

 

L’esprit du temps et la stratégie de l’anémone
Comment et pourquoi l’entreprise Google communique-t-elle les données relatives  aux requêtes effectuées sur son moteur ?

Guillaume SIRE, Maître de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication

Les données relatives aux requêtes des internautes sur le moteur de recherche Google constituent un trésor que le propriétaire du moteur est, de fait, seul à posséder. Or il se trouve que Google publie partiellement ces données, mais en protège les détails les plus valorisables sur le plan économique et informationnel dans un mouvement comparable à celui de l’anémone qui se déploie et se replie sur elle-même, de façon à ne montrer à son entourage immédiat, fait de proies et de prédateurs, que ce qu’elle veut bien leur montrer, pour mieux attirer les proies et écarter les prédateurs. Nous décrivons et analysons dans cet article le comment et le pourquoi d’une telle stratégie.

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50 Years of Print
Du dépôt légal d’hier à celui de demain

Michel FINCOEUR, Attaché scientifique Collections contemporaines, Bibliothèque royale de Belgique
Nadège ISBERGUE, Attachée scientifique Collections contemporaines, Bibliothèque royale de Belgique

Alors que le dépôt légal belge a célébré ses 50 ans en 2016, il est intéressant de rappeler qu’il est issu d’une longue et riche histoire allant du dépôt royal (1594) au dépôt légal contemporain (1966). Ce dépôt étant la principale source d’accroissement de ses collections, la Bibliothèque royale de Belgique a fêté dignement son jubilé en organisant cinq évènements à destination d’un public varié. Cet article donne le contexte historique du dépôt légal actuel et propose un compte-rendu des différentes festivités organisées dans le cadre de cet anniversaire. C’est également l’occasion d’évoquer brièvement les projets futurs mis en place pour moderniser le dépôt.

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Le dépôt légal en question(s). Mises en pratique sur le terrain

Questionnaire et compilation des réponses réalisés par Catherine GÉRARD et Christopher
BOON, avec la collaboration de Dominique VANPÉE, administrateurs de l’ABD-BVD

En guise de suite à notre Doc’Moment sur le dépôt légal, qui s’était déroulé à la Bibliothèque royale de Belgique (KBR) le 16 novembre dernier, nous avons souhaité interroger 4 organismes sur leurs pratiques concernant cette part non négligeable de leur activité professionnelle, et sur leurs attentes ou préoccupations relatives aux futures évolutions.
Nous tenons à remercier :
– Annick Noël (A.N.) – Directrice générale, Administration provinciale du Brabant wallon,
– Greet Roothooft (G.R.) – Medewerker Grafische Producties, Boerenbond & Landelijke Gilden,
– Hubert Lardinois (H.L.) – Attaché-Géographe – Bibliothécaire, Institut Géographique National,
– Sam Capiau (S.C.) – Beleidsmedewerker, Erfgoedbibliotheek Hendrik Conscience,
qui ont accepté de se prêter à notre jeu de questions-réponses.

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De duurzame bewaring op lange termijn van de digitale editie
Een uitdaging voor de Koninklijke Bibliotheek van België

Sophie VANDEPONTSEELE, Directeur van de Hedendaagse verzamelingen – Koninklijke Bibliotheek van België

Pour continuer à assurer la préservation de l’héritage éditorial belge, la Bibliothèque royale doit s’adapter à la réalité digitale d’aujourd’hui. Plusieurs projets récemment initiés vont pouvoir permettre de répondre à cet impératif de conservation. Le dépôt légal doit s’étendre aux publications digitales en ligne et sur tous supports physiques et la question de l’archivage du web belge va être étudiée par la Bibliothèque royale et les Archives de l’État, en collaboration avec les Universités de Gand et de Namur et la Haute École Bruxelles-Brabant.

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Le statut de la liberté de panorama en Belgique et ailleurs
Entre droit d’auteur modernisé et flou artistique

Guy DELSAUT, Professionnel de l’information

Le 27 juin 2016, la Chambre des représentants a adopté une loi introduisant la liberté de panorama en Belgique. Il est désormais autorisé de reproduire et de diffuser des oeuvres protégées, placées dans l’espace public, sous certaines conditions qui demeurent interprétables. D’autres pays avaient déjà introduit cette exception au droit d’auteur. Elle est même largement répandue dans la plupart des États membres de l’Union européenne. Regardons pourquoi cette nouvelle disposition est devenue indispensable, quelles sont les différences entre les législations, quelles sont les limites de la loi et surtout comment on peut interpréter la loi belge. Elle a le mérite de légaliser certaines pratiques très répandues mais maintient un flou juridique sur certains aspects.

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Il y a une vie après le boulot, ou comment vivre déconnecté ?

Nathalie BOONEN, Documentaliste, Groupe CESI

Dans le monde actuel du travail, il est devenu impossible de fonctionner sans être connectés. Cette connexion nous rend flexibles, autonomes et nomades. Mais aussi archi-disponibles, hyper-connectés, voire même stressés, irritables, continuellement sur le qui-vive ou insatisfaits.
La France est le premier pays au monde qui a osé légiférer sur le « droit à la déconnexion », créant la surprise un peu partout à l’étranger.
Ce droit à la déconnexion est-il révélateur d’un problème de grande ampleur ? La digitalisation du monde du travail est-elle en
train de rogner notre sphère privée, créant l’impossible retour en arrière ? Mais, pour autant, faut-il à tout prix légiférer un droit
qui devrait être une simple question de priorité et de bon sens ?
Le droit à un équilibre entre vie privée et vie professionnelle…

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Compte rendu
KM: a fit for all sizes? Doc’Moment du 22 mars 2017

Arnaud SEEUWS, Information officer – Administrateur ABD-BVD

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