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Cahiers de la Documentation 2020/1 (mars 2020)

NUMÉRO SPÉCIAL
La veille aujourd’hui

Éditorial

Si la veille s’inscrit clairement dans une démarche d’intelligence économique, force est de constater qu’elle devient également une compétence de plus en plus recherchée à tous les niveaux du riche éventail de nos métiers de l’information.

C’est en partant de ce constat que l’équipe des Cahiers de la Documentation a décidé de vous concocter un numéro spécial en vous offrant un voyage à 360° sur la veille aujourd’hui.

Pourquoi 360° ? Parce que nous ouvrirons notre parcours avec un coup d’œil vers le passé et un bref croquis du contexte historico-géographique de la veille, et nous le refermerons sur l’avenir grâce aux travaux prospectifs du Forem nous révélant les compétences qui seront attendues chez les veilleurs de demain. Et aussi parce qu’entre le passé et le futur, la veille d’aujourd’hui y sera auscultée sous tous ses aspects : le besoin de collaboration, l’impact de l’intelligence artificielle, l’évolution des outils, l’analyse et la représentation de l’information, etc.

Première escale de notre périple, le fléau contemporain de l’infobésité sera abordé par Michèle Orban. En écho au Doc’Moment de septembre 2019, j’aurai le plaisir d’y développer les bénéfices d’un service de veille dans une perspective de diététique informationnelle.

Toute veille se rattache à un lieu, à une culture, à tel point que les termes utilisés pour en parler sont parfois difficilement traduisibles d’une langue à l’autre. Évoquent-ils seulement des concepts identiques ? Une question captivante qui sera soulevée par Dominique Vanpée. S’appuyant sur son expérience, il présentera la veille recontextualisée au sein des frontières belges… Un article dont nous aurons le plaisir de lire la suite dans un prochain numéro des Cahiers. Nous quitterons ensuite la Belgique pour visiter la Suisse, en compagnie de Hélène Madinier et de Stéphanie Haesen qui nous feront découvrir l’évolution des pratiques en Suisse romande.

Notre itinéraire se poursuivra sous l’angle de la technologie et de l’intelligence artificielle. Cette étape incontournable sera assurée par Marc Borry, qui nous exposera les opportunités et les menaces que représentent les derniers développements de l’intelligence artificielle, et plus particulièrement du « deep learning », pour les veilleurs. Et parce que la technologie ne fait pas tout, Jérôme Bondu enchaînera sur la nécessité de l’aspect collaboratif à toutes les étapes du processus.

Parler de veille aujourd’hui ne se conçoit pas sans faire un détour par les réseaux sociaux et les mines d’information qu’ils recèlent pour ceux qui savent s’en servir. C’est une méthodologie innovante que nous enseignera Guillaume Sylvestre : en prenant la blockchain comme illustration, il nous décrira comment la Social Graph Due Diligence peut faire émerger les signaux faibles et identifier les acteurs réellement influents d’un domaine.

Élément central pour anticiper l’évolution d’un environnement donné, le signal faible est effectivement le graal du veilleur. Dans les multinationales, une « intelligence team » garantit une surveillance 24h/24. Grâce à son expérience active dans le domaine de l’intelligence stratégique, Joséph H.A.M. Rodenberg nous livrera, de nombreux exemples à l’appui, comment l’intelligence stratégique permet d’éviter aux entreprises les grandes crises causées notamment par la perte d’un avantage concurrentiel.

Quels que soient le type ou la grandeur de l’organisation, les moyens à disposition ou l’objectif de la veille, l’analyse occupe une place cruciale dans le processus. C’est ce que développera Véronique Mesguich en nous exposant différentes approches et méthodes d’analyse de l’information stratégique.

Christophe Deschamps prendra ensuite le relais afin de nous partager sa méthode de mindmapping, d’une grande utilité à toutes les étapes de la veille depuis la collecte des informations jusqu’à son analyse et sa diffusion. Et si malgré tout vous êtes perdu·e·s, rendez-vous avez Serge Courrier qui vous guidera en exposant très concrètement sa méthode pour repenser votre veille.

Comme prévu, notre voyage à 360° se clôturera, les yeux sur l’horizon, avec l’article de Jean-Claude Chalon dont les travaux prospectifs permettent de dégager les évolutions attendues en termes de compétences pour le chargé de veille dans les cinq prochaines années.

Il ne me reste plus qu’à remercier chaleureusement les auteur·e·s pour leur précieuse contribution, et à vous souhaiter un bon voyage en leur compagnie.

Michèle ORBAN

 

Concevoir un système de veille dans une perspective de diététique informationnelle

Michèle ORBAN, Consultante et formatrice en veille informationnelle

Les métiers de l’information et de la documentation sont particulièrement touchés aujourd’hui par ce phénomène appelé de plus en plus communément «infobésité «. Face à la prolifération anarchique de l’information, les outils de veille peuvent être adaptés à des fins de filtrage et d’amaigrissement du flux informationnel. Après avoir brossé le contexte historico-géographique de la veille, l’article s’attardera sur la recette et les bénéfices d’un système de veille dans une perspective de diététique informationnelle.

De wolk rond ‘veille technologique’ (1ste deel)

Dominique J.B. VANPEE, redacteur / researcher Gosiau GCV

Dans cette contribution, nous examinerons la genèse du concept « veille technologique » dans le contexte belge, ainsi que les notions anglo-saxonnes similaires (competitive & strategic intelligence). Nous tiendrons compte de l’historique de la veille et des systèmes de Diffusion Sélective de l’Information (DSI) lorsque nous clarifierons les différents termes utilisés en néerlandais.

Évolution des pratiques de veille en Suisse romande et rôle des professionnels de l’information dans la promotion de la veille

Hélène MADINIER, Professeure associée HES, Haute École de Gestion de Genève
et Stéphanie HAESEN, Chargée de cours HES, Haute École de Gestion de Genève

Cet article décrit l’évolution des pratiques de veille en Suisse romande depuis environ une quinzaine d’années, en se basant sur des enquêtes, des témoignages de praticiens concernant des cas particuliers, ainsi que sur le développement des réseaux : colloques, conférences et association professionnelle, le développement de la recherche appliquée et de la formation en veille. Finalement, il met en évidence quelques évolutions récentes observées. Pour chaque point, il met en exergue le rôle des professionnels de l’information.

Intelligence artificielle et veille
opportunités et menaces

Marc BORRY, Conseiller à la Police fédérale et chargé de cours à l’Université de Lille et HE2B

L’intelligence artificielle (IA) n’est pas neuve, mais les importants développements de ces dernières années, notamment en matière de « deep learning », offrent de nombreuses opportunités pour rendre la veille encore plus efficace en automatisant certaines tâches ou en assistant le veilleur dans l’exécution de celles-ci. Le présent article passe en revue ces différentes opportunités, mais aussi les menaces que l’IA génère. À charge pour les veilleurs et surtout pour les futurs veilleurs d’apprendre à vivre avec l’assistance des machines pour échapper au risque de se voir remplacés par elles. Le défi sera d’inventer les bases d’une nouvelle « intelligence hybride ».

Facteurs clés de succès d’une veille collaborative

Jérôme BONDU, Directeur de la société Inter-Ligere, veille & intelligence

On serait tenté de dire que faire de la veille et travailler en mode collaboratif sont tellement imbriqués l’un dans l’autre que parler de « veille collaborative » serait presque un pléonasme. En effet, que ce soit durant la phase d’analyse des besoins, de traitement des informations ou de partage des résultats, la dimension collaborative est partout présente. Mais force est de constater que faire du collaboratif est souvent plus un désir qu’une réalité. Dans cet article nous allons tenter de répondre à quatre questions : pourquoi le collaboratif est-il une nécessité ? Quels sont les freins ? Quelle méthodologie suivre ? Et finalement quels outils utiliser ?

La Social Graph Due Diligence sur Twitter, une méthodologie d’analyse stratégique qui combine algorithmes de sciences sociales, datavisualisation et expertise humaine

Guillaume SYLVESTRE, Directeur de l’innovation numérique à l’Agence pour la Diffusion de l’Information Technologique (ADIT)

Les nouveaux secteurs technologiques innovants promettent monts et merveilles, mais l’atterrissage est parfois rude, comme on l’a encore vu récemment avec We Work. Outre la complexité des modèles économiques des startups, les bonnes idées ne déboucheront pas toujours sur des réussites commerciales. Nous proposons ici une méthodologie pour identifier les startups prometteuses via la cartographie de leurs interactions sociales. Il s’agit de vérifier la capacité d’une startup à influencer les acteurs de son secteur, à partir de l’analyse de la dynamique des échanges sur Twitter interprétée via la théorie des graphes. Les algorithmes de l’outil de datavisualisation Gephi permettent en effet d’analyser précisément les interactions d’un corpus Twitter pour identifier les acteurs réellement influents. La cartographie de Gephi, obtenue à partir de l’export des données Twitter via la plateforme de veille Visibrain, permet ainsi de vérifier si une startup arrive à convaincre au-delà de son réseau propre d’experts et d’investisseurs, et de qualifier la pertinence de ses interactions..

Strategic intelligence voorkomt dat bedrijven in een strategische crisis raken

Joséph H.A.M. RODENBERG, Managing Partner – Rodenberg Tillman & Associates

Plusieurs mois peuvent s’écouler avant qu’une mauvaise nouvelle n’atteigne le sommet de l’entreprise. Qui est responsable en fin de compte ? L’intelligence stratégique permet d’éviter que les entreprises ne tombent dans une crise stratégique. C’est « le dixième homme » ou « la dixième femme » de l’équipe de renseignement qui est capable d’indiquer les futurs signes de changement à un stade précoce avec des « plans d’action ». Une telle équipe de renseignement dispose souvent d’une « war room » où les changements les plus importants concernant les marchés, les clients, la concurrence, la technologie et les réglementations sont surveillés, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Une équipe de renseignement dispose de bonnes sources d’information actualisées grâce à des outils d’analyse structurés. Parce que l’intelligence n’est créée que par des personnes. Ceci leur permet de mettre à l’épreuve la direction générale sur son fondement constitué d’hypothèses, d’évidences, de partis pris ou de complaisance – en d’autres termes, de « on a toujours fait comme ça ! ». En Belgique, ce sont principalement les multinationales qui sont actives dans le domaine de l’intelligence stratégique.

Analyser l’information pour fiabiliser la prise de décision

Véronique MESGUICH, Consultante formatrice spécialisée en veille stratégique et management de l’information

Qu’elle soit effectuée par des personnes humaines ou des solutions automatisées, l’analyse occupe une place cruciale dans le processus de veille. Cet article présente différentes approches et méthodes d’analyse de l’information stratégique : analyse de la qualité et de la fiabilité de l’information, identification de signaux faibles, visualisation de données… La valeur ajoutée des professionnels de l’information dans ce processus consiste ici non seulement en la maitrise des techniques et solutions présentées, mais aussi en une interprétation judicieuse et non biaisée des résultats de la veille.

Le mindmapping et son utilisation comme outil d’aide à l’analyse dans un processus de veille

Christophe DESCHAMPS, Consultant-formateur en veille et intelligence économique et mindmapping

Le mindmapping, ou cartographie heuristique, est une méthode appuyée par des outils logiciels, pensée initialement pour aider à mieux mémoriser et à être plus créatif. Au fur et à mesure de sa mise en oeuvre dans des contextes professionnels où l’information est omniprésente, on s’est aperçu qu’il pouvait constituer un appui conséquent à certaines activités, notamment à celles de veille sur internet. Cet article synthétise une méthode développée par l’auteur qui permet, grâce aux logiciels de mindmapping, de traiter l’information issue de la veille, de sa collecte jusqu’à son analyse et sa diffusion.

Repenser sa veille

Serge COURRIER, Consultant et formateur indépendant

Il est un moment où la veille nous dépasse. Trop d’informations. Trop de bruit. Et des informations importantes que l’on a manquées. Il est temps de repenser sa veille, avec méthode et en adoptant une stratégie du petit pas. Dans cet article, nous passons en revue les différentes étapes qu’il est bon de franchir pour mettre à plat les phases classiques d’un projet de veille : depuis la définition des objectifs jusqu’aux modes de diffusion en passant par le choix des outils d’extraction et la rédaction précise des alertes. Une approche pragmatique où l’humain reprend sa place.

Il n’est de vents favorables qu’à celui qui sait où il va !
Analyse prospective du métier de chargé de veille

Jean-Claude CHALON, Directeur Veille, analyse et prospective du marché de l’emploi – Le Forem

Compte tenu des évolutions réglementaires, technologiques, sociétales et économiques mais aussi de la nécessité de développement de l’intelligence stratégique des organisations pour s’adapter aux nombreux défis de leurs environnements, le métier de chargé de veille a assurément de l’avenir. Cet article rend compte des travaux prospectifs menés au Forem lors de plusieurs ateliers réunissant des experts du domaine en 2019 afin de décrire le périmètre du métier et les évolutions attendues en termes de compétences dans les cinq prochaines années.